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Retour25 février 2025
Mélissa Blouin - mblouin@medialo.ca
La fin des bourses Perspective génère de l’incertitude chez de nombreux étudiants
Cégep à Joliette
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©(Photo Médialo- Mélissa Blouin)
Mégane Bourdon et Chantale Bernier.
La population étudiante du Cégep à Joliette se retrouve particulièrement impactée par la fin devancée du Programme de bourses Perspective Québec. Au total, c’est environ la moitié des étudiants, répartis à travers cinq programmes techniques, qui avaient accès à cette aide financière. L’annonce de ce retrait a donc fait naître des incertitudes chez plusieurs cégépiens qui doivent déjà composer avec des difficultés économiques.
« Nous avons été en mesure de démontrer, ici au Cégep à Joliette, qu’environ 25% de notre population étudiante vit de la précarité alimentaire, ce qui est énorme. Le gouvernement coupe, mais ne donne jamais pour les étudiants. C’est triste qu’on soit rendu-là et ça me déchire le cœur », a mentionné la présidente du Regroupement des étudiantes et étudiants du Cégep Joliette de Lanaudière (RÉÉCJL), Mégane Bourdon.
Rappelons que les bourses Perspective avaient été mises en place en 2022 dans l’objectif de favoriser la diplomation dans des domaines touchés par la pénurie de main-d’œuvre. Ces bourses représentaient un montant de 1500$ par session au cégep et de 2500$ à l’université. En échange, les étudiants devaient réussir leurs cours et obtenir leur diplôme dans les délais prévus. La ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, a récemment annoncé que la fin de ce programme serait devancée à l’hiver 2025.
Au Cégep à Joliette, cinq programmes étaient visés par ces bourses soit Techniques de l'informatique, Technologie du génie civil, Technologie du génie électrique ainsi que les populaires programmes de Techniques d’éducation spécialisée et de Soins infirmiers.
En collaboration avec les associations étudiantes de L’Assomption et de Terrebonne, des lettres ont été signées par les étudiants et ont été envoyées à la ministre Déry le 24 février dernier en signe de mécontentement.
« Notre objectif est aussi de trouver des solutions concrètes. Parce que présentement, de nombreux étudiants s’inquiètent quant à leur avenir. Certains ne savent plus s’ils pourront poursuivre à l’université et d’autres hésitent à s’inscrire dans des programmes qui nécessitent du matériel dispendieux », a ajouté Mégane Bourdon.
C’est d’ailleurs le cas de Vanessa, une étudiante en Tremplin DEC, un cheminement transitoire, qui avait l’intention de s’inscrire en Soins infirmiers à l’automne. « Ma grand-mère est préposée aux bénéficiaires, j’ai grandi en la voyant et en développant moi aussi un intérêt marqué pour les soins. Je voulais transposer cette passion dans mes études et dans mon futur travail, je ne me voyais pas faire autre chose…»
Toutefois, quand elle a su qu’elle n’aurait pas accès à la bourse, elle a dû repenser à son choix. « C’est cette aide qui m’ouvrait les portes et qui m’enlevait un stress financier, maintenant je ne sais plus si ce sera possible pour moi, je suis encore en réflexion… »
L’agent d’information et de mobilisation à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Philippe Cloutier, a quant à lui laissé savoir qu’il trouvait cette situation insensée. « Le métier d’infirmière est très difficile et nécessite une flexibilité de contorsionniste. De savoir que des gens, qui veulent le pratiquer malgré tout, ne pourront pas par manque d’aide financière, est totalement illogique! Cela va forcément nuire au manque d’employés dans le secteur si on se prive d’une fraction de la force de travail. »
Des enjeux pour l’apprentissage
Au moment où la décision de mettre fin aux bourses Perspective a été prise, Mme Déry a mentionné que c’était notamment parce que le programme n’avait pas eu les effets escomptés. « C’est très décevant. La ministre Déry était venue au Cégep à Joliette l’automne dernier et elle était inquiète par tous les enjeux des étudiants. Elle disait même que des actions devaient être mises en place, alors c’est contradictoire comme façon d’agir », a dénoncé la présidente du RÉÉCJL.
Elle a ajouté que les programmes qui perdront ce privilège sont ceux pour lesquels la rémunération des stages a été demandée à plusieurs reprises. « Il a été dit que des bourses pour les stagiaires seront de retour afin de compenser, mais est-ce que cela va vraiment se faire ? Il faut une solution rapide, c’est maintenant que les étudiants ont besoin d’aide. »
Pour illustrer ses dires, Mégane Bourdon a évoqué qu’un récent sondage démontrait que 40% de la population étudiante de Joliette fait face à des enjeux d’apprentissage en raison du stress financier. « Certains programmes ont une charge de cours tellement immense qu’il est tout simplement impensable pour les étudiants de devoir travailler en plus. »
L’enseignante en Techniques d’éducation spécialisée et facilitatrice interculturelle au Cégep à Joliette, Chantale Bernier, a d’ailleurs remarqué des répercussions chez les élèves qui doivent travailler plus de quinze heures par semaine. « Il y a un impact majeur sur leur capacité d’attention, de concentration et de mémorisation. Dès qu’une personne est stressée, il est prouvé qu’elle perd minimalement 30 à 40% de toutes ces capacités. »
Des zones grises
Mme Bernier a ajouté qu’en Techniques d’éducation spécialisée, près du tiers des élèves sont des gens qui effectuent un retour aux études et pour plusieurs, ce retour a été motivé en partie grâce aux bourses Perspective.
Même si les étudiants déjà inscrits au programme bénéficient d’une clause grand-père et pourront conserver ce soutien financier, Mme Bernier a évoqué que de nombreux étudiants s’inquiètent de savoir s’ils auront, ou non, les moyens pour continuer leur formation. En effet, les zones grises de cette clause grand-père engendrent des incertitudes. « Si un étudiant échoue l’un de ses cours cette session, est-ce qu’il aura accès aux bourses la session prochaine », s’est questionnée Mégane Bourdon.
Une situation similaire est d’ailleurs arrivée à une étudiante de Rawdon. La mère de famille a dû s’absenter de l’école tout au long du mois de novembre puisque l’un de ses trois enfants était malade. Elle a échoué la moitié de ses cours et n’a pas pu s’inscrire au programme de bourses. Elle ne peut donc pas compter sur la clause grand-père et n’aura jamais accès à cette aide financière. « Ça m’amènera plus de restrictions et c’est certain que je sortirai d’ici avec une belle dette! C’est dommage, car ça donnait une motivation supplémentaire et on sentait que le gouvernement était derrière nous! Surtout que nous savons qu’il y a un besoin criant d’employés en éducation spécialisée. »
Chantale Bernier a terminé en notant que le retrait des bourses aura un impact sur la communauté puisqu’il y aura moins de diplômés pour travailler auprès des personnes en difficulté. « Ce seront les plus démunis de notre société qui en payeront le prix… »
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